J’avais 6 ou 7 ans la première fois que j’ai peint sur un vêtement. En fait c’était un accessoire : mon sac noir bandoulière dans lequel je rangeais mes partitions de musique pour le cours de solfège. Il était tout noir avec une silhouette de femme en blanc sur le côté. Je voulais dessiner et écrire dessus, pour que mon sac soit unique et pour que mes motifs soient vus dans la rue. Loin de la culture urbaine à cette époque, je ne connaissais pas le graffiti, mais si j’en avais eu connaissance, c’est sans aucun doute une voie dans laquelle je me serai engagée. J’ai donc dessiner mes motifs sur mon sac… au correcteur liquide blanc, que j’ai ensuite repassé de gouache. J’ai réitéré l’expérience plusieurs fois sur des t-shirts et débardeurs, que je n’ai jamais portés ni lavés, de peur que le motif s’en aille.

« C’est travers tous les supports que les artistes d’aujourd’hui reflètent les tribulations et les émotions des générations de la rue. Le t-shirt est un reflet de l’âme de la jeunesse. »

Dans un de mes atelier de création © 2012 Alexis Goudeau

Dans un de mes atelier de création © 2012 Alexis Goudeau

Je continue à dessiner, à peindre, n’aimant pas trop le format papier, toile, préférant un bout de bois qui traîne, un meuble, les tables de cours, les bras de mes camarades… Puis c’est vers 14-15 ans que je tombe sur le skyblog d’Amélie (Amy Many)! En voyant ses créations, je me dis que peindre sur ses vêtements c’est quelque chose qui existe déjà et qu’en plus, ça peut donc plaire à des gens. Du coup, je lui demande quel produit elle utilise : les peintures Pébéo Setacolor. Je me les fournis, et c’est parti!

Je me fais alors plein de vêtements, et je commence à en faire pour mes amis.
Puis les amis de mes amis.
Et ainsi de suite.

Débardeur "Khacy" © 2011 Jessica VALOISE

Débardeur « Khacy » © 2011 Jessica VALOISE

Cinq ans plus tard, en décembre 2009, je dépose la marque KhaciJay à l’INPI, et je m’enregistre au régime des auto-entrepreneurs. Depuis, j’ai créée plus d’un millier de t-shirts uniques : à la commande, créations spontanées, collections intemporelles à thème…

Ce que j’aime dans ce support qu’est le t-shirt, c’est que je le vois comme un moyen mobile, et plus ou moins éphémère, de faire passer des messages, de transporter avec et sur soi une toile. Le t-shirt a une histoire. C’est un support qui se renouvelle sans cesse. Il se porte, se transporte, se transforme au fil du temps. Il évolue et voyage. C’est l’esprit même de KhaciJay.

T-shirt pour Diky The Kid © 2011 Jessica VALOISE

T-shirt pour Diky The Kid © 2011 Jessica VALOISE

« J’porte mes t-shirts comme des pancartes de manifs » Medine, Biopic

Ce côté unique, ou en pièces très limitées (8 exemplaires maximum par modèle), est un choix très conscient. Mais aussi un pari risqué. Car même si dans les dires, chacun veut affirmer sa différence, peu osent vraiment le faire. Nous avons besoin de repères, nous avons besoin de savoir que nos choix sont validés par la société. Porter un t-shirt unique avec un motif que nous aurions choisi, que personne d’autre au monde ne porte, est un réel acte d’affirmation. C’est pourquoi ma clientèle est majoritairement composée d’artistes, qui ont déjà fait tomber cette barrière de l’approbation du public. Créer des pièces uniques, c’est pouvoir faire du sur mesure, pour des personnes uniques. Et nous sommes tous uniques. C’est lutter contre les standards. Ça n’est pas du prêt-à-porter, mais de « l’art à porter ».

Portrait de Féfé © 2009 Spry

Portrait de Féfé © 2009 Spry


Escarpins Mondrian © 2012 Jessica VALOISE

Escarpins Mondrian © 2012 Jessica VALOISE

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